[HANDICAP – DOSSIER] : La billetterie touchée par les problèmes d’accessibilité aux personnes handicapées

[DOSSIER] – la billetterie touchée par les problèmes d’accessibilité aux personnes handicapées.

Pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué, le monde de la billetterie est de plus en plus confronté aux problèmes d’accessibilité pour les personnes handicapées. En effet, nous avons déjà pu le constater Outre-Manche avec un précédent article dédié à ce nouveau système de cartes d’accès national destiné aux personnes handicapés, intitulé Hynt qui a vu le jour au Pays de Galles.

L’accessibilité est l’affaire de tous. En effet, 12 millions de Français seraient concernés : les personnes handicapées, mais également les personnes âgées, malades ou accidentées, les femmes en fin de grossesse et même les familles avec des poussettes, les voyageurs encombrés de bagages, etc…

La loi du 11 février 2005 a constitué une avancée importante en matière d’accessibilité de tous à tout. Mais elle n’a pas été suffisamment suivie d’effets. L’échéance de 2015 pour la mise en accessibilité du cadre bâti et des transports n’est d’ores et déjà pas respectée pour nombre d’acteurs publics et privés. L’accessibilité a toutefois besoin qu’un certain nombre de normes évoluent pour plus de lisibilité et de simplicité de mise en œuvre.

Selon un rapport rendu public par l’APF (Association des Paralysés de France) en 2012, les résultats et analyses du baromètre de l’accessibilité placent la ville de Grenoble en tête, suivie de près par Nantes et Belfort (ex-aequo). Paris est encore loin dans le classement et n’occupe que la 44ème position des villes les plus adaptées. Néanmoins, certains théâtres et cinémas sont adaptés aux personnes en situation de handicap. Pour plus d’informations, rendez-vous ici.

Pour étayer notre propos, nous sommes allés à la rencontre de personnes handicapées mais aussi, dans un souci de diversité, d’autres personnes qui ne portent pas de handicap sont quand même intervenues pour donner leur opinion sur le sujet.

Pour le premier témoignage, retrouvons Anne-Sophie, avocate spécialisée dans le droit du handicap à Paris. Cette jeune femme déborde de vitalité et ce malgré son handicap. Anne-Sophie est tétraplégique et ne peut se servir ni de ses bras, ni de jambes, mais cela ne l’empêche pas de croquer la vie à pleine dents. Lorsqu’elle veut assister à une représentation de théâtre, elle doit être accompagnée en permanence par une auxiliaire de vie pour des « raisons vitales et de sécurité », dit-elle.

Dans un souci d’améliorer la situation des personnes en situation de handicap dans les lieux culturels, Anne-Sophie préconise « une formation et une sensibilisation du personnel d’accueil des salles de spectacles (théâtres ou salles de concert) au handicap, ainsi qu’un effort dans la signalétique », ceci afin d’éviter, d’une part, les maladresses du personnel et d’autre part, d’améliorer l’orientation des personnes au sein du bâtiment. Anne-Sophie pense également que la création de sites Internet diffusant une information précise sur le niveau d’accessibilité des lieux culturels par ville, et pour chaque catégorie de handicap, serait d’une grande utilité pour tous. Selon elle, il y a « un manque cruel d’informations sur le sujet ».

Elle se confie et raconte qu’en Angleterre, dans un théâtre londonien, elle était allée voir, il y a quelques années, une pièce de Shakespeare, et n’avait eu aucune difficulté à accéder à la salle, grâce un accompagnement de qualité du personnel. De plus, contrairement au système français où la personne en fauteuil doit payer deux places au lieu d’une, juste parce qu’elle a besoin de la présence permanente d’une assistante de vie à ses côtés pour des raisons de sécurité, en Angleterre le système diffère et la personne handicapée ne paie qu’une seule place, la sienne.

Elle raconte les difficultés qu’elle éprouve au quotidien, et pour elle « Paris n’est sans doute pas la meilleure ville de France en termes d’accessibilité culturelle, bien au contraire ». Passionnée de théâtre depuis son adolescence, elle aimerait pouvoir fréquenter davantage les théâtres parisiens. Malheureusement, l’offre demeure réduite du fait du manque d’accessibilité, en particulier des théâtres privés. D’ailleurs, elle avoue avoir « fait une sélection des théâtres accessibles et ne retourne plus dans les théâtres difficiles d’accès ».

Anne-Sophie nous a également confié une anecdote assez marquante. A l’époque, elle était étudiante et toute sa classe était partie voir une représentation théâtrale. Or, parmi tous les étudiants présents, ce fût la seule à ne pas pouvoir rentrer dans la salle. En effet, un responsable du personnel d’accueil lui avait refusé l’entrée sous prétexte qu’elle n’avait pas prévenu le théâtre 48H à l’avance de sa venue, alors même que le théâtre en question était parfaitement aux normes en vigueur (ascenseur, etc.). Les 30 minutes d’attente supplémentaires qui lui ont alors été imposées « à titre de sanction » pour accéder à la salle, lui ont fait rater le début du spectacle mais lui ont surtout gâché l’intégralité de sa soirée, ne comprenant pas pourquoi elle avait dû subir une telle discrimination – les autres étudiants n’ayant pas été inquiétés pour le même motif. Une fois l’incident clos, Anne-Sophie a quand même eu droit à de « plates excuses de la part de la direction du théâtre et un accueil plus chaleureux lui a été réservée par la suite ». En fin d’interview, Anne-Sophie reconnaît que la France manque de pragmatisme contrairement aux autres pays et c’est « regrettable ! ».

Les témoignages suivants concernent Gérard, Pascal, Bétina et Alain. Commençons par Gérard, qui nous a raconté une anecdote assez « touchante ». Gérard s’est rendu en Belgique pour une séance de dédicaces pour son rôle dans « Les Diables au village1 », il a rencontré plusieurs personnes handicapées sur place et s’est très vite attaché à elles malgré le handicap.

Gérard avoue « être attentif au handicap ». Très touché par cette participation, Gérard avait à cœur de partager son expérience pour faire évoluer les consciences.

Pascal, quant à lui, dirige le CRTH (Centre Recherche Théâtre Handicap), la seule et unique école en France qui permet aux personnes en situation de handicap de faire du théâtre. Selon lui, « 49 % des Français pense que public handicapé rime avec handicap moteur », ce qui est totalement faux puisqu’il existe une multitude d’handicaps non-visibles mais bien réels.

Pascal confie qu’il ne « faut pas blâmer la France pour son léger retard en termes d’accessibilité ». En effet, les pays qui sont en avance sur le sujet, sont des pays qui ont souvent été dévastés par la guerre. On pense notamment aux pays de l’Est.

Pascal raconte ensuite que « le droit de vote n’a été accordé aux personnes handicapées mentales qu’en 2005 ». Au sein de son école, il avoue « ne pas faire de différences entre personnes handicapées et personnes valides », pour lui : « il accueille des élèves et non des catégories de personnes ! ».

Pascal conclue en disant qu’il faut « avant tout rendre accessible une œuvre avant de penser aux problèmes d’accessibilité. Il faut d’abord se concentrer sur l’accès à la culture pour tous et sous toutes ses formes, que la personne soit handicapée ou non ». Tout le monde doit avoir accès à la culture !

Bétina, handicapée à 80 % depuis un accident comprend et peut se mettre à la place des personnes en situation de handicap. Elle est également bénévole au Théâtre Monte-Charge à Pau (fondé en février 1981) et m’explique que le handicap prend une place importante dans le monde du théâtre, en raison de la diversité du public qui s’y rend. En effet, au Monte-Charge, « il n’y a pas de discrimination, tout le monde est égal, handicapé comme valide ». Elle éprouve parfois voire très souvent, un sentiment de « rejet de la part d’autrui » et a l’impression « d’être un paquet ! ». Les personnes en général font preuve d’un manque cruel d’ouverture d’esprit sur le handicap, selon elle.

Alain, quant à lui, est comédien et metteur en scène. Il a, à l’instar de Bétina, voyagé dans le monde entier et estime que « tout le monde doit se sentir concerné par la question du handicap ».

Pour réserver, les personnes handicapées doivent téléphoner au théâtre et préciser la mention « personne handicapée ». La structure est accessible aux personnes à mobilité réduite. Le seul bémol reste la question de la construction de futurs sanitaires adaptés aux personnes handicapées. La mairie de Pau se devait de débloquer 50 % des fonds pour permettre la construction de toilettes adaptées, chose qui n’est encore qu’à l’état de projet.

Le 5 mars 1994, la vie de Philippe a basculé. Depuis, il est handicapé et amputé des quatre membres. Cet accident lui a donné une deuxième chance et Philippe en a profité pour la saisir. Il confie « avoir eu quelques difficultés en termes d’accessibilité » notamment lors de nombreuses conférences données aux quatre coins de la France. Philippe s’est vite rendu compte que la personne handicapée est très souvent mise au second plan. Lorsqu’il évoque la loi de 2005, Philippe lance que « si seulement 4 % des travaux d’accessibilité pour les personnes handicapées étaient réalisés, les sociétés et autres organisateurs de spectacles verraient leur chiffre d’affaires augmenter de plus de 15 % ». Cette augmentation aurait donc un impact immédiat sur la vente de billets.

Les organisateurs et sociétés ont 3 ans pour se mettre aux normes, la loi de 2015 ayant été repoussée à 2018. En ce qui les transports, les organisateurs ont 9 ans pour se mettre aux normes.

Pour Philippe, le « vivre ensemble est essentiel ». Tout le monde a envie d’accéder à la culture mais n’en a pas forcément les moyens. Il estime que la France accuse un retard conséquent sur ses voisins européens mais n’est pas non plus complètement à la traîne. En revanche, si on prend exemple sur les pays nordiques comme la Suède ou la Norvège, la France n’a pas « 2 ans de retard mais au 20 ! » s’indigne Philippe.

Pour aider les organisateurs et leur donner des pistes pour améliorer l’accessibilité aux personnes en situation de handicap, Pascal préconise de « mutualiser leurs démarches, outils, ressources ou encore afficher leurs démarches, s’affranchir du seul secteur associatif, accepter qu’ils travaillent plus pour les publics vieillissants qui cumulent tous les besoins d’accessibilité que les publics handicapés, qui se sont éloignés de la culture majoritairement pour différentes raisons, au-delà de la seule accessibilité. »

Il estime que « la dimension, du droit, de l’égalité est nouvelle et demandera beaucoup de temps pour que l’autre dans son autrement soit reconnu à part entière et non entièrement à part. Et ce d’autant que la culture se nourrit de l’étrange, du singulier, de l’unique… »

Conclusion

Pour conclure, il est important de préciser que MyOpenTickets s’apprête à lancer des formations pour venir en aide aux organisateurs, pour que ceux-ci puissent accueillir tout le monde dans les meilleures conditions.

D’autres agences comme YOOLA ou le CRTH (Centre de Recherche Théâtre Handicap) s’engagent également dans l’amélioration de l’accessibilité aux personnes en situation de handicap.

Sources : Témoignages, Réflexe Handicap, APF, Yoola, Gouvernement.fr, parisinfo.com

Lien loi handicap de 2005 : http://www.securite-spectacle.org/accueil-public/accessibilite-personnes-handicapees.html

Lien de l’étude : http://www.reflexe-handicap.org/media/02/00/3338045008.pdf

Lien : http://www.gouvernement.fr/action/l-accessibilite

Yoola : http://www.yoola.fr/

Théâtres et cinémas adaptés à Paris : http://www.parisinfo.com/ou-sortir-a-paris/infos/guides/loisirs-et-handicap/theatres-et-cabarets-adaptes/theatres-adaptes-a-paris-et-dans-ses-environs

Notes : 1 « Les Diables au Village » – Gérard DESSALLES

Site internet du CRTH : http://www.crth.org/

Dimitri V.

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